Au-delà de la prostitution sous contrainte

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lundi 7 novembre 2011

"On essaye de salir 'Dodo la Saumure'"

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TEMOIGNAGE E 1 - Une des prostituées du proxénète mis en cause dans l’affaire du Carlton le "soutient à fond".
La vie continue dans les établissements de "Dodo La Saumure" et sa compagne "Béa" à Tournai, une ville belge proche-frontière. Le restaurant, où une affiche présente des jeunes femmes plutôt dénudées, et l’institut de massages continuent d’accueillir des clients. C’est ce qu’a constaté le correspondant d’Europe 1 dans le Nord vendredi. Tous deux sont mis en cause dans l’affaire Carlton pour "proxénétisme".
"Dodo La Saumure", Dominique Alderweireld de son vrai nom, comparaîtra le 1er décembre prochain devant le tribunal correctionnel de Tournai. Quant à Béatrice Legrain, dite "Béa", a vu sa demande de libération rejetée vendredi.

"Ce n'est pas un vulgaire proxénète"
Et pourtant, à en croire une des prostituées qui travaillent pour les deux gérants, leurs employés n’ont rien à reprocher à "Dodo La Saumure". "C’est quelqu’un de très simple, qui vit simplement et on essaye de le salir comme un vulgaire proxénète", déplore Laëtitia qu’a rencontrée Lionel Gougelot pour Europe 1.
La jeune femme défend son patron : "il paie en temps et en heure. Ce n’est pas quelqu’un de méchant et de mauvais. On paye juste 50% de nos passes. Et on est à notre aise". Laëtitia redoute qu’il reste en prison.



Pour la prostituée belge, "on a trouvé les victimes idéales pour mettre, encore une fois, DSK dedans". Le nom de l’ancien directeur du FMI a été cité à plusieurs reprises dans le cadre de l’affaire Carlton, notamment par un employé d'Eiffage, David Roquet, mis en examen dans le cadre de l'affaire. Par ailleurs, l'une des prostituées de "Dodo La Saumure" a révélé jeudi avoir eu plusieurs relations tarifées avec Dominique Strauss-Kahn.

dimanche 6 novembre 2011

Eiffage ignorait tout du réseau de proxénétisme de Lille

PARIS (Reuters) - Le groupe de travaux publics Eiffage n'a pas bénéficié et n'était pas au courant des agissements présumés de son cadre mis en examen dans l'affaire de proxénétisme de Lille, dit son directeur général Pierre Berger dans le Journal du Dimanche.
David Roquet, qui dirigeait une filiale d'Eiffage dans le Nord-Pas-de-Calais, est accusé d'avoir organisé des déplacements de prostituées en France, en Belgique et aux Etats-Unis, notamment pour Dominique Strauss-Kahn, et de les avoir présentées en notes de frais à son groupe.
Selon Pierre Berger, un audit interne révèle que ces pratiques ont coûté 50.000 euros au groupe depuis 2009.
David Roquet assure que son entreprise était au courant et qu'elle l'utilisait comme bouc émissaire.
"Il y a entre David Roquet et moi trois échelons hiérarchiques. Les échelo ns intermédiaires interrogés ont confirmé qu'ils ne savaient pas", dit au JDD le patron du groupe de travaux publics.
"Il y a eu défaillance dans le contrôle de ses notes de frais et de ses dépenses", accuse Pierre Berger. "Les cosignataires qui ont visé ces dépenses litigieuses seront naturellement sanctionnés."
David Roquet a déjà été mis à pied de même que son supérieur hiérarchique à la direction régionale du groupe.
Eiffage s'est porté partie civile dans l'enquête.
Pierre Berger affirme que le réseau entretenu par David Roquet dans la région n'a pas aidé l'entreprise à décrocher des marchés, notamment celui du futur stade de Lille.
"Il gère une trentaine de millions sur les 14 milliards du groupe. C'est une activité locale. Il ne s'est jamais occupé du Grand Stade de Lille", explique Pierre Berger.
Dans cette affaire de proxénétisme, huit personnes sont mises en examen - trois responsables de l'hôtel Carlton de Lille, trois entrepreneurs dont M. Roquet, un commissaire de police et un avocat lillois. Cinq sont incarcérées.

Clément Guillou
(c) Copyright Thomson Reuters 2011.

samedi 5 novembre 2011

Affaire du Carlton : Un second cadre du groupe Eiffage mis à pied

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Le groupe de BTP Eiffage a mis à pied un second cadre en raison des développements d'une enquête judiciaire où le dirigeant d'une de ses filiales nordistes est écroué pour proxénétisme, annonce ce samedi le quotidien régional Nord Eclair. David Roquet, poursuivi pour son rôle présumé dans un réseau ayant mis en rapport des prostituées avec Dominique Strauss-Kahn quand il dirigeait le Fonds monétaire international, accuse son entreprise d'avoir connu ces pratiques et de l'utiliser comme bouc émissaire.

Eiffage partie civile dans l'affaire
Il a déjà été suspendu, Eiffage s'est constituée partie civile dans l'affaire, expliquant donc qu'elle serait victime des dépenses de prostituées présentées par son cadre en note de frais. C'est le supérieur hiérarchique de David Roquet à la direction régionale du groupe qui a été suspendu, selon le quotidien régional. Le groupe Eiffage, contacté, n'a pas voulu s'exprimer.
L'avocat lillois de David Roquet, Me Dupont-Moretti, affirme que son client a prévenu sa hiérarchie et que le groupe Eiffage ne pouvait pas ignorer les frais engagés dans le financement des soirées et voyages sur lesquels la justice enquête. David Roquet est mis en examen pour proxénétisme aggravé et incarcéré pour avoir organisé des déplacements de prostituées à Lille, en Belgique, à Paris et aux Etats-Unis pour, notamment, Dominique Strauss-Kahn.
David Roquet dirigeait une filiale d'Eiffage implantée à Annay-sous-Lens (Pas-de-Calais). Il a reconnu avoir réglé une partie des déplacements et affirme qu'Eiffage le savait. Dans cette affaire de proxénétisme, huit personnes sont mises en examen - trois responsables de l'hôtel Carlton de Lille, trois entrepreneurs dont M.Roquet, un commissaire de police et un avocat lillois. Cinq sont incarcérés.
Reuters

Prostitution : dans les coulisses des parties fines

(...)
Après le Bunga-Bunga de Berlusconi et les mésaventures du footballeur Franck Ribéry, l'affaire du Carlton de Lille montre que les «parties fines» n'ont rien perdu de leur succès. Favoriser un contrat, manifester son «amitié» envers une relation bien placée, s'arroger un marché public lorsque l'appel d'offres est disputé ou encore faire chanter une personnalité aux mœurs libérées: ces soirées à thème «champagne et filles faciles» ont de multiples fonctions.
À en croire Corinne*, 28 ans, habituée des bars à hôtesses, «l'organisation de parties fines pour mettre de l'huile dans les rouages, c'est vieux comme le monde. J'ai connu ça dans les bars. Trois ou quatre flambeurs arrivent pour célébrer la vente d'un bien, le début ou la fin d'un chantier. Ils viennent assez souvent du milieu du BTP où se multiplient les travaux au noir, les commissions et les intermédiaires. La soirée revient de 300 à 500 euros par client, et ils trouvent sur place l'ambiance, le champagne et les filles. Ce genre d'extra permet de faire du lobbying en laissant moins de traces sur le compte en banque qu'un pot de vin. Parfois un habitué fait appel à une fille pour une soirée spéciale. Elle recommande quelques amies. Voilà, le tour est joué, par le bouche-à-oreilles».
L'affaire de proxénétisme du Carlton de Lille reste néanmoins exceptionnelle par le profil des protagonistes présumés, le haut standing du lieu de passe, et par les retombées médiatiques de l'enquête. «Je ne suis pas surprise de voir la police impliquée. La prostitution a toujours été bonne pourvoyeuse de renseignements et de récompenses pour les collaborateurs des services», poursuit la jeune femme, en référence à la mise en examen du commissaire Jean-Christophe Lagarde. «Par le travail de fichage, les policiers savent à qui s'adresser, ils sont souvent en position de pouvoir jouer les intermédiaires». La célèbre Madame Claude organisait déjà ce genre de parties fines il y a plus d'un demi siècle, et ce avec l'accord et parfois même le concours des autorités.
Dans le cas du Carlton, de hautes personnalités seraient impliquées. Ce seraient des «escort-girls de luxe» qui auraient officié. « Par courtoisie, le bénéficiaire de la passe n'est pas toujours informé du fait que la relation qu'il consomme est tarifée. Mais rares sont ceux qui se posent beaucoup de questions », ironise Corinne.

Escort-girl, un bijou vivant dont se pare le client
Bien que les généralités soient souvent hasardeuses en matière de prostitution, quelques indices révélés par l'enquête permettent de brosser une typologie des filles impliquées dans des «parties fines» comme celles du Carlton.
Le journal télévisé de M6 du 25 octobre évoque le cas de Florence V. L'escort-girl connaissait déjà personnellement Dominique Strauss-Kahn, mis en cause dans ce dossier. Elle habiterait un pavillon d'aspect cossu de la banlieue de Valenciennes et vivrait en couple. Un portrait différent de celui des victimes de l'esclavage sexuel pratiqué dans les bois de la banlieue parisienne. «Ce n'est pas la pute du coin que l'on va retrouver dans ces prestations très haut de gamme; ce sont plutôt les grandes dames de la prostitution», confirme Sabrina*, volubile dominatrice de 34 ans.
Ce type de prostituées doit offrir une prestation irréprochable, arborer une tenue classieuse mais discrète et maîtriser les codes de la haute société. Il n'est donc pas rare qu'elles soient étudiantes ou diplômées du supérieur. Les clés du succès: transcender les canons esthétiques du moment et afficher une culture soutenue. Il s'agit de ne pas démériter dans les dîners mondains dans lesquels elles prospectent et se renseignent sur les goûts de chacun.
Elles travaillent souvent dans le cadre de GFE (Girlfriend Experience). Cette prestation vise à donner l'illusion au client comme à son entourage qu'elles sont de vraies «petites amies», et elles le font payer à prix d'or. «Ces filles ont en général compris que l'habillage social valorise leur prestation, ce sont de véritables actrices», explique Sabrina.
L'escort-girl de luxe ne fraye pas avec le bas peuple et gagne bien sa vie : «Pour une soirée de ce genre, on tarife entre 1500 et 2000 euros sans problèmes», confirme cette habituée du tapin chic. Tous les frais subsidiaires hôtel, taxi, restaurant, pourboires sont en général à la charge du client. Le principe de ces «courtisanes modernes»: leur prix n'a pour limite que l'ampleur du fantasme qu'elles génèrent.

Un «marché aux bons tuyaux»
«N'importe quelle fille un peu dégourdie qui bosse à Paris sait qu''il suffit de fureter près des bars des hôtels de luxe très tôt le matin pour tenter d'échanger les tuyaux des employés contre un pourcentage sur la passe. Dans d'autres cas, une prestation sexuelle pourra servir l'échange, même si l'argent reste le moyen le plus courant et le plus intéressant», témoigne Sabrina.
Le «bon tuyau», c'est la mise en relation avec ces clients aux demandes particulières, seuls ou en groupe et souvent prêt à débourser sans compter pour «marquer le coup» en bonne compagnie. De l'aveu des professionnelles, le prix de ces informations est extrêmement variable, «mais il faut que ça vaille le coup pour l'employé qui risque sa place», précise Sabrina. Compter deux cent euros ne paraît donc pas incongru.
Par souci de standing et de discrétion, une société spécialisée dans l'événementiel, le coaching ou encore la communication couvre parfois ce genre de commerce sexuel. Dans le cas du Carlton, il apparaît en effet qu'une «organisatrice spécialisée», Virginie Dufour, aurait payé les billets d'avion, les frais divers et les prestations sexuelles des prostituées envoyées aux États-Unis. «Mon concept : effectuer à votre place tout ce que vous ne voulez ou ne pouvez pas faire. Confiez-moi vos besoins, je vous consacre mon temps», annonce le slogan du site web de son agence de communication.

Pas d'industrie de la partie fine dans l'hôtellerie de luxe
De l'autre coté du comptoir d'accueil le sujet est tabou, le personnel hôtelier risque gros. On confirme l'existence du phénomène mais il reste marginal.
Pour Émeline*, hôtesse d'accueil trentenaire dans un hôtel quatre étoiles proche des Champs Elysées, il n'y a pas d'« industrie de la partie fine » dans l'hôtellerie de luxe parisienne. «Un employé qui fait l'intermédiaire entre prostituées et clients risque de lourdes sanctions en plus des poursuites pénales. Par contre le silence s'achète plus facilement qu'une complicité active. Les agents de sécurité, par exemple, connaissent souvent les prostituées, au moins de visu. J'ai constaté que certaines sont éconduites moins vite que d'autres… Mais là encore, tout est informel».

Cependant, signe que le problème se pose, la plupart des établissements prestigieux ont une politique -déclarée ou non- au sujet de la prostitution. «Des consignes implicites assez strictes sont transmises aux employés pour repérer et dissuader les prostituées. Dans le jargon de la maison on appelle ça des FNA (femmes non accompagnées)», raconte Émeline.
«Nous devons leur poser un maximum de questions, demander un paiement comptant d'avance, prendre leur nom, noter la chambre, leur faire sentir qu'elles sont repérées. Il s'agit de mettre mal à l'aise aussi bien le client que la prostituée pour que la situation se dénoue d'elle-même. C'est très délicat, car il ne faut pas se tromper. Je me souviens d'une anecdote : une femme seule et habillée sexy s'est vu refuser l'entrée d'un salon VIP de l'hôtel, soupçonnée de racoler. Manque de chance, c'était la directrice commerciale d'un grand groupe de médias. Nous ne sommes pas encore habitués à voir beaucoup de businesswomen»…
Un groom d'un quatre étoiles du premier arrondissement de Paris confirme: «il y a dix ans, tout le monde savait que le concierge de l'hôtel amassait une fortune en jouant les entremetteurs. Encore aujourd'hui les clients nous sollicitent tout le temps mais on ne fait plus ça, c'est trop risqué. En tout cas, ça ne se sait pas».

Certaines filles viennent directement dans les halls ou au bar des hôtels pour racoler plus ou moins ouvertement. Il peut arriver que les employés d'un hôtel collaborent avec la Police pour mettre à bas un réseau de proxénétisme, ou à l'inverse qu'ils réclament une intervention pour chasser les racoleuses. Le jeune homme précise: «Nous recevons une liste de personnes indésirables, mise à jour régulièrement. C'est un sujet sensible, il faut préserver l'image de l'établissement sans oublier la satisfaction du client, et notamment que ce qu'il fait dans sa chambre ne nous regarde pas».

* Les prénoms ont été modifiés

vendredi 4 novembre 2011

Au Bangladesh, l'Eglise en pointe contre le trafic d'êtres humains

Au Bangladesh, l’Eglise forme ses responsables pour lutter contre la traite des femmes et des enfants. Un phénomène de plus en plus inquiétant dans ce pays qui est l’un des plus pauvres au monde. Xavier Sartre.

Dans le diocèse de Rajshahi, à la frontière avec l’Inde, une cinquantaine de catéchistes religieux et laïcs ont suivi du 27 au 30 octobre dernier une formation de quatre jours sur le thème du trafic des femmes et des enfants, un phénomène dont l’augmentation dans le pays est aujourd'hui préoccupante. Une formation dispensée sous l’égide de la Caritas Bangladesh qui se bat depuis des décennies contre ce fléau. Selon un prêtre du diocèse de Rajshahi, « les catéchistes peuvent devenir des vecteurs privilégiés de la prévention car ils se rendent dans des villages éloignés où les personnels des ONG ou des institutions gouvernementales ne pénètrent presque jamais ». 
Car selon la Caritas, les trafiquants ciblent en priorité les communautés marginalisées socialement et économiquement, essentiellement en zone rurale et peu alphabétisée : orphelins, enfants vivant dans la rue ou issus de familles déshéritées, veuves ou femmes pauvres ayant charge de famille. Ces victimes sont emmenés principalement en Inde, au Pakistan, au Moyen Orient, mais également à Hong Kong, à Taiwan ou encore en Malaisie. 
Malgré le lancement en 2008 d’une unité spéciale de police contre le trafic humain, puis la création centres d’aide médico-psychologique d’urgence pour les victimes, le Bangladesh est encore impuissant face à ce trafic. Aujourd’hui, entre 15 et 20 000 femmes et enfants bangladais seraient victimes du trafic d’etre humain chaque année.

Affaire du Carlton de Lille : la Fondation Scelles plaidera la cause des prostituées

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Plusieurs notables lillois ont été mis en examen pour proxénétisme aggravé dans l’affaire du Carlton de Lille. Pour plaider la cause des prostituées souvent muettes dans ce genre de procès, la Fondation Scelles se constitue partie civile. Une tribune efficace dans le combat contre la traite des femmes en France. Décryptage avec Yves Charpenel, président de la fondation et avocat général à la Cour de Cassation.

Terrafemina : La fondation Scelles annonce qu’elle se porte partie civile dans l’affaire de proxénétisme du Carlton de Lille. Quel rôle pouvez-vous jouer dans un tel procès ?
Yves Charpenel : Cette association a été reconnue d’utilité publique, et depuis 1975, elle a obtenu le droit de se constituer partie civile dans tous les procès qui abordent des affaires de proxénétisme, puisque c’est notre spécialité. Nous abordons la cause générale de la traite des êtres humains en France, et démontrons les atteintes à la dignité de la personne dans ces dossiers. Nous ne demandons pas de peine, c’est le rôle du procureur, mais des dommages et intérêts. Cet argent nous permet d’assurer nos deux missions : l’accompagnement des prostituées, ce sont souvent des femmes sans-papiers qu’il faut reloger et aider financièrement, et le suivi des procès dans lesquels nous sommes engagés. Actuellement j’ai sur mon bureau 120 dossiers dans lesquels nous sommes partie civile, Lille sera le 121ème.

TF : Comment pouvez-vous interférer dans l’enquête en cours ?
Y. C. : Actuellement nous sommes au-delà de l’étape de l’enquête, puisqu’une information judiciaire a été ouverte. Un juge d’instruction a été saisi, et nous pouvons participer à cette information, en demandant par exemple à ce que les biens des personnes mises en examen soient saisis. Le temps d’aller jusqu’au procès, ces personnes auraient le temps de liquider leur fortune pour ne pas payer de dommages et intérêts. Pour nous ce genre de procès représente aussi l'occasion de communiquer sur la traite des êtres humains. 

TF : Une prostituée a annoncé qu’elle se porterait partie civile. D’autres victimes de proxénètes pourraient-elles suivre son exemple ?
Y. C. : Il arrive en effet que des victimes directes se constituent partie civile, mais cela reste trop rare. Elles n’osent pas, par peur de leur trafiquant et du client. C’est tout le problème de ces affaires où l’on voit peu la souffrance des victimes lors du procès, alors que le proxénète peut s’exprimer devant le juge. Ces femmes ne se rendent pas spontanément dans un commissariat, et c’est là l’intérêt des associations comme la nôtre, plus faciles d’accès pour elles. 

TF : Faut-il selon vous confier l’affaire à un autre juge d’instruction ?
Y. C. : C’est à la Cour de Cassation d’en décider. La raison juridique invoquée est la « bonne administration de la justice ». Quand des collaborateurs habituels de la justice locale sont impliqués, en l’occurrence des responsables de la Police judiciaire comme Jean-Christophe Lagarde, ou un avocat lillois comme maître Riglaire, est-il souhaitable qu’ils soient jugés par des magistrats lillois ? Il est légitime de poser la question. L’affaire pourrait être délocalisée à Amiens, Rouen ou Paris, et dans ce cas tous les dossiers seront remis aux nouveaux juges, cela prendra quelques jours. Quelle que soit la décision de la Cour de Cassation mercredi prochain, l’enquête et les auditions pourront reprendre assez vite. 


Espira-de-Conflent : Un retraité condamné pour proxénétisme aggravé... sur Internet


Domicilié à Espira-de-Confent, un retraité est descendu de son conflent d'accueil, jeudi, pour comparaître devant le tribunal correctionnel de Perpignan et répondre de proxénétisme aggravé.
Ancien concierge d'immeuble, l'intéressé, qui avait des difficultés à boucler les fins de mois, explique-t-il à l'audience, décide de trouver un job d'appoint sur internet. Surfeur expert, il est alléché par les nombreuses web-publicités en tous genres qui promettent le gain facile pour du travail à domicile.
L'esprit fertile, il cherche ainsi l'idée géniale et finit par fixer son choix sur la création, sur internet, d'une agence d'escorte particulière. Très particulière même, puisque "Escortpourvous", comme il la baptise, propose des prestations pormos.
Le principe est simple. Les candidates à la prostitution s'inscrivent gratuitement pour vanter leurs charmes, proposer tarifs et prestations et attendent d'être contactées par les clients.
En quelques mois, plus de 1 500 femmes issues de toute la France adhèrent à "Escortpourvous". Or aucune, malgré les prévisions du retraité, débourse pour placer sa petite annonce en tête de liste. Et comme c''est la seule option payante du concept, le prévenu n'aurait donc pas encaissé un centime dans l'opération.
N'empêche. La justice le reconnaît coupable de proxénétisme aggravé et le condamne à dix mois d'emprisonnement avec sursis et 5 000 euros d'amende.